La prophylaxie préexposition (PPrE), c'est quoi?

Nous disposons aujourd’hui d’une gamme de moyens et de stratégies en prévention qui visent la réduction des risques de contracter ou de transmettre le VIH : condoms, modification des comportements, connaissance de son statut sérologique à travers un dépistage régulier, traitement des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS), traitement préventif après avoir été exposé à un risque d’infection (prophylaxie postexposition – PPE), soutien, accompagnement, activités d’éducation et de sensibilisation, discussion avec ses partenaires sexuels au sujet des pratiques sexuelles sécuritaires, etc.

De nouvelles stratégies sont actuellement à l'étude en prévention du VIH. L'une d'entre elles, la PPrE (un acronyme pour le terme français « prophylaxie préexposition ») consiste à administrer une association d'antirétroviraux à des personnes séronégatives exposées aux risques d’infection par le VIH afin de diminuer le risque de transmission.

La prophylaxie préexposition s’appuie sur un principe connu depuis longtemps: des traitements antirétroviraux (c’est à dire qui empêchent ou freinent l’entrée et la reproduction du virus du VIH dans le corps humain), administrés au bon moment, réduisent très fortement le risque de transmission du VIH:

 

  • Dans les pays où les traitements sont disponibles, il s’est avéré que la mise en traitement des femmes séropositives enceintes a pratiquement éliminé les cas de transmission du virus de la mère au nouveau-né lors de l’accouchement;

 

  • C’est aussi le même principe qui est à l’œuvre avec la prophylaxie postexposition (PPE), à laquelle on peut avoir recours lorsqu’on a été exposé aux risques de contracter le virus (non-utilisation ou bris du condom lors d’une pénétration anale reçue ou donnée). Elle consiste, pour une personne séronégative ou qui ignore son statut, à prendre un traitement antirétroviral durant les 30 jours qui suivent la possible exposition au VIH. Le traitement doit commencer dans les 72 heures, au plus tard, suivant la prise de risque. Ce traitement bloque la propagation du virus dans l’organisme et l’élimine. Là encore, si le traitement est correctement suivi, le risque d’infection serait très fortement réduit. La PPE est mise en pratique dans les salles d’urgence et les cliniques médicales depuis plusieurs années au Québec.

 

Le principe de la PPrE s’appuie sur ces connaissances accumulées au cours des deux dernières décennies, et s’adresse à des personnes séronégatives. Il s’agit dans ce cas d’agir avant et après une prise de risque, en prenant un traitement antirétroviral adapté et sous supervision médicale.

Le traitement consiste en la prise d’un médicament, le Truvada, qui est une combinaison de deux antirétroviraux utilisés dans le traitement du VIH depuis plusieurs années au Québec, qui a fait ses preuves scientifiquement et qui présente peu d’effets indésirables. Cette combinaison de médicaments est produite par le laboratoire Gilead.

Éventuellement, la PPrE pourrait devenir un moyen additionnel de prévention.

Il est important de savoir que la PPrE à la demande pourrait être efficace seulement en ce qui concerne la réduction de la transmission du VIH et non pour l’ensemble des autres infections transmissibles sexuellement et par le sang.

Pour davantage d’information sur le VIH, consulter la section INFOS VIH.

La PPrE, pour qui? 

La PPrE en continu a déjà fait l’objet d’essais ces dernières années. Il s’agissait d’évaluer une prise quotidienne de Truvada. L’un de ces essais (l’étude i-PrEx), mené auprès d’hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, a démontré une certaine efficacité chez ceux qui respectaient bien la posologie. De ce fait, les États-Unis ont statué en juillet 2012 qu’il était acceptable d’offrir ce traitement aux hommes séronégatifs qui s’exposent de façon régulière à de très hauts risques d’infection au VIH.

Au Canada et au Québec, l’usage du Truvada en guise de traitement préventif n’est pas encore homologué (validé et accepté). Ce médicament anti-VIH est disponible et prescrit à des personnes séropositives. Toutefois, certains médecins font le choix de le prescrire de façon « hors indication », pour quelques hommes séronégatifs pouvant être à très haut risque de contracter le VIH. Cette option pour les médecins vient d’être encadrée par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec – Direction de santé publique. Dans son avis préliminaire, le ministère spécifie cependant que la prescription de la PPrE prise quotidiennement ou prise à la demande « hors indication » devait rester « exceptionnelle », et qu’elle devrait concerner que les hommes séronégatifs ayant des relations sexuelles à très haut risque avec d’autres hommes, ainsi que les hommes séronégatifs vivant à l’intérieur d’une relation où le partenaire est séropositif.

Qu’elle soit administrée en continu ou de façon intermittente, la PPrE n’est pas un outil pour tous; elle concerne d’abord les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes qui s’exposent plus ou moins régulièrement aux risques de contracter l’infection au VIH. Lorsqu’il est question de la PPrE, les messages qui y sont associés rappellent toujours l’importance de l’utilisation du condom comme le moyen reconnu étant le plus efficace à ce jour. L’objectif en voulant rendre accessible la PPrE est de permettre aux hommes qui ont de la difficulté à utiliser de façon systématique les moyens de prévention habituels (comme le condom) lors de relations sexuelles avec pénétration anale (reçue ou donnée).